Les « States » : Abandonner n’est Pas Africain

Updated: Jul 26, 2019



Pour certains d’entre nous membres de la diaspora, une question qui revient fréquemment : quels conseils donner aux sœurs et frères africains sur la vie aux États-Unis ? J’éviterais de généraliser, car les expériences sont individuelles.

Cela dit, ma vie aux États-Unis m’a prouvé que le paradis peut exister où on souhaite le créer. En réalité, c'est ma responsabilité et je dirais même - mon devoir de me rassurer que je sois en train de construire mon paradis. Si je pensais le trouver ici en abandonnant ma terre natale, je me suis brutalement réveillée de mon rêve.


Pourtant, je crois au message de New York, la chanson de Jay-Z avec Alicia Keys qui affirme que « since I made it here, I can make it anywhere ». Pour en faire un parallèle, je suis aussi convaincue que si j’arrive surmonter les difficultés et le stress presque étouffants des « States » et en faire quelque chose de ma vie, la probabilité de réussite dans d’autres pays sera plus grande pour moi.

Est-ce un excès de confiance en soi ? C’est probable. Dans ce système capitaliste, c’est une qualité d'être trop confiante.

Au fait, si on n’est pas préparé minutieusement et psychologiquement pour ce voyage, l’aventure pourrait avoir un goût très amer. Et même, c’est pas toujours évident.


Considérez par exemple une situation où à cause d'une irrégularité avec vos papiers d'immigration, vous ne pouvez pas sortir des États-Unis, de peur de ne plus être autorisé à y revenir. Vous risquez de faire des années sans voir vos parents, perdre des moments de vie précieux, ne pas vous réjouir de leurs petits bonheurs, et les priver de célébrer vos joies et réussites ou d’essuyer vos larmes pendant vos moments de chagrin. Pire encore, vous pourriez manquer leurs funérailles. Croyez-moi, ce ne sont pas des sacrifices à faire si vous pouvez les éviter.


Quant à la réussite dont je parle, elle n’est pas monétaire ou frivole ; fondée sur des bling blings, des châteaux, des voitures et des habits de luxe. Je parle d'une réussite intérieure, posée, calme et même discrète.


En effet, être aux States vous donne l'audace de rêver au-delà de votre réalité, l’endurance d'atteindre un vos objectifs selon vos désirs. Pour moi, c’est être autonome, entreprendre, et par la suite m’occuper de ma famille et ma communauté. Mon rêve est de prêter plus que je n’emprunte. Voilà ce que j’appelle une réussite.


Un des grands soucis pour un étranger est parfois le prix à payer pour vivre à l’extérieur. Ce prix peut être très élevé et dans beaucoup de cas, n’en vaut parfois pas la peine.

Mon cousin a immigré ici avec sa carte verte. Mais à cause de l’avidité et l’impatience de devenir riche trop vite, il prit la voie de la facilité. Par conséquent, son lifestyle a causé son départ prématuré. Il s'est fait tirer dessus à l’âge de 23 ans lors d’un tir de gang. Une perte pour ma famille qu’aucune richesse obtenue en Amérique ne pourra ni remplacer ni justifier.


Le cas de mon cousin n’est pas isolé. Le désir de certains africains voulant se faire de l’argent facilement et appartenir au monde des grands les pousse souvent dans la drogue, la violence, la prostitution et le faux. Il y a tant d’exemples qu’un seul blog ne peut résumer.


Si vous n'avez jamais été étranger dans un autre pays africain ou européen, il vous sera difficile d’accepter certaines vérités. La vie à l’étranger se comprend mieux lorsqu’on l’a vécue.


Vos débuts aux États-Unis vous causeront un choc. De plus, si vous êtes étudiant sans bourse et sans source de financement fiable, cela peut être pénible. Vous pouvez surement utiliser votre beauté ou votre intelligence à votre faveur mais cela ne vous épargnera pas nécessairement des barrières et des obstacles à venir.


Les obstacles des États-Unis peuvent vous donner des cauchemars en pleine journée. Pour généraliser un peu, j'ose penser que meme les américains ressentent les pressions de leur pays. Toutefois, vous pouvez toujours vous servir des erreurs des autres pour mieux faire, car en vérité tout est possible à un Africain ou une Africaine qui croit.


Mon premier conseil et surement le plus important serait de croire en Dieu. Je ne vous dicterai pas le quel de dieux prier, mais il faut vous confier à un pouvoir plus grand que soi – un pouvoir divin. Votre intellect, à mon opinion, ne vous conduira pas toujours sur la bonne voie.


Quand il s’agit des êtres humains, il serait plus sûr de compter sur vous-même en premier. Certes, la vie mettra sur votre chemin (espérant le) quelqu'un ou des gens qui pourront vous aider à avancer dans votre parcours. Mais parfois ces gens tardent à intervenir ou alors personne n'a été destinée à vous épauler par rapport à une étape precise. Dans tous les cas, vous ne pouvez pas permettre au temps de vous filer entre les doigts. Dans les moments de solitude et de sentiment d'abandon, vous allez devoir vous ressaisir et avec l’aide de Dieu, agir.


La formule de votre réussite, seule vous la détenez. Alors, ne soyez pas étonnés ni fachés, si en arrivant ici, votre gouvernement vous abandonne, votre riche oncle vous fait tourner en bourrique, vos parents vous lâchent en chemin, ou la grande sœur qui a épousé le ministre vous oublie. Franchement, ils ne sont pas obligés de vous aider (sauf le gouvernement, je pense). Tout le monde a ses problèmes à gérer. Vous êtes adulte ; vous devez vous débrouillez.


Mon dernier conseil se porte sur l’attitude à adopter. Je disais tantôt que dans le monde occidental, trop de confiance en soi est une qualité. Il faut vous faire confiance et croire que vous pouvez réussir. Vous devez toujours rester positive, avoir de l’ambition et de la patience. C’est paradoxal et délicat de se montrer patient et battant à la fois. Cela demande une raison de vivre, une motivation personnelle, une stratégie et une force spirituelle et psychologique. En gros, de la sagesse et de la discipline.

Je ne crois pas que les combats sont uniques à l'Amérique mais plutôt la sévérité ou l'intensité des difficultés. C’est un autre genre là ! (accent camerounais). L’orage ou la turbulence que vous pouvez rencontrer est de nature sans pitié. Donc une meilleure préparation vous aidera car “ l'Amérique ci massa ! C’est pas le lait deh !” (termes camerounais et ivoiriens).


Beaucoup diront que si c'est tellement dur, pourquoi ne pas revenir au pays. En évitant de trop rentrer dans les détails, je dirais tout simplement que le sang noir ne supporte pas la honte et la moquerie. Il est résistant, d’où abandonner n’est pas Africain.


Je termine en attirant votre attention sur notre continent. Vous savez, il faut parfois vivre dans un autre pays pour apprécier le sien. Je réalise maintenant que c'est une erreur de toiser sa terre natale, de la négliger et la mépriser peu importe ses infirmités. C'est presque un blasphème si vous me demandez.


Vrai, vrai, nous sommes bien chez nous. Nous sommes mieux chez nous. Certes, nos gouvernements sont médiocres, égoïstes et corrompus. Ils sont le plus grand frein au progrès et développement de nos nations. Mais, c’est à vous et moi de se concerter afin de déraciner les maux créés par ces derniers, préserver nos coutumes, nos langues et relever nos richesses.



Pour plus de insights, lisez le blog Les « States », un défi pour la femme africaine?



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